Fluctuat nec mergitur

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« Fluctuat nec mergitur », la devise de Paris.

Le sens en est « Il est battu par les flots, mais ne sombre pas ».
Actuellement je me sens très fluctuat après les évènements de vendredi 13.

Je suis parisienne, je suis née à paris et j’y ai vécu 49 ans,  j’ai habité durant 10 ans, Paris XX iéme à 25 mètres de la rue Alibert, où je faisait mon marché le dimanche matin.
Le Petit Cambodgien et le Carillon sont des endroits que je connais bien.

Je réfléchis comme beaucoup de personnes avec une boule au plexus,  j’ai  pourtant beaucoup de chance car aucun de mes amis ont péri.
Un flot de souvenirs reviennent dans ma tête , je pense aux mamans que j’ ai côtoyé durant des années, Latifa, Fabienne, Rose marie, Véronique, aux thés et gâteau partagés, aux fêtes anniversaires, aux fêtes rituelles du vendredi soir chez Sébastien et Christel mes voisins du dessus, au directeur de l’école élémentaire de la rue Vicq d’azir qui faisait du foot avec les élèves, aux gens de chez Pink Flamingo qui font les meilleures pizzas du monde, pas comme les autres, rue Bichat.
Oui ,une foule de souvenirs de ces moments de vie dans ce quartier que j’ai aimé où les nationalités et les religions se mélangent, me reviennent.

Je lis l’inquiétude des gens, je vois notre peine et je me trouve dans un paradoxe étrange entre le désir de continuer à rire, de ne pas avoir peur et celui de dire cette peine et de faire une pause.
Nous avons tous le droit d’exprimer à notre manière cette tristesse.

Certains aussi sont dans le déni, d’autres dans la colère , d’autres continuerons à défendre des causes en surfant sur ces événements, d’autres penseront connaitre la vérité vraie, d ‘autres auront peur longtemps, et beaucoup connaitront comme moi une peur face à l’amalgame et face à une montée du nationalisme.
Dans la région où je suis, parfois on est pas tendre avec les gens qui viennent d’ailleurs,
parce que chacun s’invente des frontières imaginaires.

Je note au passage qu’ en français contre veut à la fois dire tout prés et très opposé.

J’ai envie de ce temps, pour pleurer, pour penser aux personnes qui sont mortes , pour penser aux familles qui n’ont pas eu ma chance, pour donner du sens à nos mots pour nos enfants,  pour prendre conscience encore plus sur ce que nous avons à changer pacifiquement dans notre société, pour réfléchir aux mots humanité et laïcité, pour apprendre encore plus le vivre ensemble, pour ne plus avoir à cacher de ne pas être du coin pour avoir du travail et pour d’autres choses encore…

Parce que nous sommes dans le même bateau.

Pour aussi…Essayer de retrouver de l’insouciance à vivre.

Parce que justement  Fluctuat nec mergitur.

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